La naissance

Je me tourne

Silencieux et captif

Vers la mère frémissante

La nourriture le long du dos

A l'approche me débattant

Entre vie et mort

Pareil à un accueil plein d'espoir

Vers la lumière réconciliante

 

Le développement honteux

De ma peau transparente

Est d'abord une pierre dans le sein

Pareil à une infinité vulnérable

Et puis à une chaine fondante

Hors de la profondeur glissante

 

t'Ouvrant et te fermant

Un cri riant

Dans ton visage gémissant

- et puis -

Une voile m'enveloppe vivant

Je jaillis comme une larme

Ramifié dans ton corps caressant

La souffle-rosée du bonheur

 

Mais, en existant

Pour toujours je suis condamné

Le dos tourné a la source

Avec tes ailes je défends aveuglé

Le monde s'écroulant

Me vois - tu ici, nu -

La tête humblement détournée

Les mains bleu-roses

Un visage enfermant

 

Dans tes plaines décolorantes

Lourde cette âme me touche

Je descends en rôdant autour de toi

Vers tes limites immenses

En vain j'accroche profondément enracinés

En vain je veux atteindre ton hauteur

 

Me sauvant dans ta profondeur

Retournant en périssant

Je ne suis qu'un écho

Pareil à un tourbillon de poussière

Se couchant

Dans l'illusion de l'existence

 

 

 

Perspective

Loin dans l'arrière-pays

Les roses régnantes

De la couronne tressée

Frémisse de justesse

Le long de mon tronc

Erèbe de feu et de lumière esquivé

 

La floraison des années

Torde les mains - déjà -

En une sève rouge vive

Lignes sur le tapis dessinées

Dispersant morts et vivants

 

Et même maintenant, j'écoute

Ta tension de la terre

D'un geste éclose;

Joie de vivre pure

Heureusement mourante dans l'Ether

 

 

 

Une beauté

 

l'être fumant le souffle et versant le sang

s'enfuit dans l'image vague

Les yeux dans les yeux en même temps

Que moi

Les doigts tremblants découvrent l'esprit

Créatures affreuses dans la mélancolie et la faute

Eloignant l'intérieur et le figeant

 

Est-ce vous, O Venus ou Adonis,

Votre beauté aveugle embrouillée

qui casse mille miroirs en cercles

En ce qui était

ce qui est

Et ce qui sera

Comme ce fût?

 

 

 

 

 

L'âme et la mort

 

La vie -

A bord de l'âme

- et alors?

L'amour -

A-t-il un rôle en or?

Oui mon Ami

C'est très fort

 

La mort

Elle est en corps - et amen?

L'âme -

Ce n'est pas la mort

Non mon Ami

Elle dort

 

Tus vois

Tu t'en sors

Amor -

Jusqu'après la mort

 

 

 

 

 

Transfer

 

Dans le sable glacé

Le mystère est couché

En boule, gonflé

l'écume aux lèvres

Les ongles arrachés

Montrant le soleil

Rampant à travers champs étendus

Plein de formes grouillantes

D'énergie fière

 

A gestes somptueux

Les  nuages pendent écrasants

et un riant

Il créent de croissants

Des images brumeuses et luneuses -

La lumière volante y passe

Charbonnantes

En cercles ovales

Devant le mystère absolu

Des fleurs en bandoulières

 

 

 

 

Sublime transparence -

l'os est consumé

A flegme délayé

l'esprit me tourbillonne autour

Pareil à l'encens

Jusqu'à ce que nous nous embrassions

Les yeux dans les yeux

Bouche à bouche:

l'image disparaît insensiblement

Fixée dans un tendre baiser

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Evolution

 

Chars défilants

Attelés

Par le faune exquis

Or, argent, bronze,

Un clown-roi

Entre des planches de bois

Baisse

Légèrement la tête

Quand tout disparaît

Ce que chaque moi tisse

La lumière voit

En multiples splendeurs

Sous les coupoles de la violence

Bruit et se blesse

l'amour à une épine

Oreilles perdues

 

 

 

 

Feu

 

Les ailes étendues

Heureux tu papillonne

-  et, illusion ou pas -

Les sons clairs

Dansent une image

Que je veux garder

En rouge et violet

Cet unique portrait

En une fenêtre ovale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Départ

 

Le long de l'arc et de la corde

Ecrite sur peau crouteuse

S'ouvre précisément

La parole soupirante

- tissée vaguement, mélodieuse -

Murmurant plus en plus légère

Ce que chaque caresse m'offre

Avec l'esprit soufflant

De proche en proche

Le vrai chagrin réel

 

 

 

 

Trois chants sur l'existence 

Premier chant (chant inférieur)

 

Vers qui mon manteau noir

Pousse-t-il un déployement

Malheureux

Sur cette veillée silencieuse

Vers qui me rue - je fougueusement

Dans les crevasses

Au-dessus des feux montants

Mon chant

Monotone

M'accompagnant?

 

Qui ma peur rampante

Ecoute-t-elle

Une songe détaché

Au-dessus des sanglots tremblants

Je me meux humblement

Autour d'harmonies

Entre une mort vivante?

 

 

 

 

 

Deuxième chant (chant médiant)

 

Pourquoi ma houle planante

joue-t-elle

Un air de mélancolie

Aidée de coussins empelotés

Sur lyre de pierre

Pareil à mille fuites

Dans un vieux combat?

 

Pourquoi mon enveloppe livide

Tisse-t-il un pont de vie

Des tiges de consolation

Dans des tons cassés

Sur flûte argentée

Papillonnage fixé?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième chant (chant supérieur)

 

Où coule-t-elle

Ma peau satinée

De tout tremblement démembrée

Je m'élève le dedans en dehors

Le long du mur montagneux

Tout bonheur transpercé?

 

Pourquoi mon dernier fléchissement

devient-il si enroué

Plus clair qu'une larme

2clatant silencieusement

Dans un bel abat-chant

Le Crystal

Fissuré profondément